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Duo des fleurs ou air des clochettes ?

août 5, 2016

Titre bizarre mais peut-être moins que Lakmé de Delibes. Le duo des fleurs et l’air des clochettes sont deux arias de l’opéra « Lakmé » écrit en 1883 par Léo Delibes, un compositeur français. Donc un opéra en français. L’aria du duo des fleurs a été utilisé dans des publicités et de nombreux films.

Pour faire simple,

  • le duo des fleurs est l’aria nommé « Viens, Mallika, les lianes en fleurs … Sous le dôme épais, où le blanc jasmin » alors que
  • le véritable nom de l’air des clochettes est « Où va la jeune hindoue ».

Une jeune hindoue ? Oui car l’opéra se déroule en Inde où il met en scène l’amour entre la fille d’un grand prêtre hindou, Lakmé, et un officier britannique, Gérald. Comme ce dernier a profané un temple hindou, le père de Lakmé veut le tuer.

Duo de fleurs

Cet aria apparaît au premier acte qui se déroule dans un temple hindou où Lakmé est venue pour prier. Après la prière, Lakmé et sa servante Mallika partent cueillir des fleurs pour décorer le temple. Cet aria comporte des parties chantées par Lakmé, par Mallika et par les deux ensemble. Dans les parties chantées ensemble, certaines paroles sont communes, d’autres diffèrent. Je vous invite à écouter l’aria une première fois :

Maintenant réécoutons certaines parties en lisant les paroles et regardons à quoi ces deux mélodies correspondent. Pas besoin de lire les notes, regardez juste sous les deux premières portées où et quand tombent les différentes syllabes des paroles.

Vous aurez remarqué que parfois les vers des deux chanteuses sont différents : ils ne comptent pas le même nombre de pieds ou de notes mais la fin de chaque vers est commun. La soprano, Lakmé, doit faire durer ses notes plus longtemps pour arriver à la fin du vers en même temps que la mezzo-soprano, Mallika. Vous aurez aussi remarqué que ce ne sont pas les même chanteuses, la deuxième vidéo étant interprétée par Natalie Dessay et Delphine Haidan. Techniquement comme lyriquement, c’est l’apéro par rapport à ce qui va suivre.

Reprenons l’histoire : Lakmé revient avec Mallika d’avoir été cueillir des fleurs pour le temple, elle rencontre ensuite Gérald, l’officier britannique, et paf, c’est l’amour.

 

Air des clochettes

Le père de Lakmé, grand prêtre du temple, découvre que celui-ci a été profané par un anglais. Il décide de tuer cet anglais pour laver le blasphème mais ignore de quel anglais il s’agit. Profitant du marché où se déroule le IIe acte, il se déguise en pénitent hindou et est accompagné de sa fille qu’il présente comme une diseuse de chansons. Elle est triste car son père va tuer son amour. Son père s’en rend compte mais le blasphémateur doit mourir : il pousse sa fille à chanter pour que l’anglais se découvre et il lira dans les yeux de Lakmé si c’est bien lui qu’il doit tuer. Lakmé chante mais cela ne marche pas. Son père, aidé par la foule, la force à chanter encore et là Gérald se dévoile. La suite ? A vous de la découvrir.

L’air des clochettes est l’aria chanté par Lakmé au marché. Il s’agit de « la légende de la fille du paria ». Cette fille des parias sauve la vie d’un voyageur perdu menacé par les fauves de la forêt. Elle agite une baguette où tinte une clochette qui charme les fauves, sauvant le voyageur qui n’était autre que Vishnou, fils de Brahma.

Cet aria est techniquement très difficile à chanter. Lakmé est un rôle pour une soprano ou soprano coloratura. Mais ce n’est pas qu’une performance technique, elle doit aussi être lyrique : les premières vocalises doivent interpeller la foule du marché à venir écouter la légende, la chanteuse doit faire sentir que Lakmé sait que c’est un piège pour dévoiler son aimé, la légende est poétique au début, puis dramatique avec les fauves, joyeuse pour la victoire, mystique quand Vishnou se dévoile et enfin joyeuse encore quand on célèbre le sauvetage d’un Dieu par la fille d’un paria.

C’est tellement difficile que peu de chanteuses réussissent à la chanter. D’après Joseph So, cela pourrait être une des raisons qui explique pourquoi cet opéra n’est pas joué plus souvent. Parmi les chanteuses qui réussissent à maîtriser cette partition, celles que je préfère sont par ordre décroissant :

  1. Natalie Dessay en 1995 : vous l’aurez déjà compris au nombre de vidéos d’elle dans ce post. Si pour moi « la mama morta« , c’est Maria Callas, « la reine de la nuit« , c’est Diana Damrau, pour Lakmé dès la première note, c’est Natalie Dessay.
  2. Mady Mesplé, en 1966, impressionnante interprétation avec un déclamé magistral et des vocalises maîtrisées.
  3. Sabine Devieilhe en 2014 : évolution majeure depuis la version de 2013, tout en subtilité et en finesse, je trouve que son interprétation beaucoup plus lyrique qu’en 2013 tout en assurant un niveau technique parfait et je ne résiste pas à vous proposer une autre interprétation, sur scène. Alain Duault la qualifie de la nouvelle Dessay, c’est dire.
  4. Mado Robin,  malgré un  enregistrement de 1952, une époque où l’opéra était chanté différemment, on entend la différence d’interprétation par rapport Mady Mesplé que je préfère, peut-être la qualité de la prise de son ou l’interprétation.
  5. Joan Sutherland, une version sur scène de 1976, toute en finesse, notes posées, chanter a même l’air facile.
  6. Maria Calas (en 1954) n’est que sixième parce que je trouve son interprétation trop poussée techniquement, un peu à la Karajan. Mais ça reste magnifique.

Il y en a bien d’autres, donnez-vous en coeur joie sur le web, peut-être en commençant par le pot-pourri proposé par Joseph So.

Allez plus loin

  • Aller voir l’opéra bien entendu
  • Écouter Natalie Dessay avec Michel Plasson (chef d’orchestre), l’orchestre de  Toulouse, Gregory Kunde, José van Dam, Delphine Haidan et Patricia Petibon, un CD d’EMI
  • Écouter d’autres extraits de Lakmé avec Sabine Devieilhe
  • Lire le livret de Lakmé
  • Lire « Pleins feux sur Lakmé et L’Air des clochettes » par Joseph So (et rire en écoutant le massacre musical)
  • Lire Singher, M., & Singher, E. (2003). An interpretive guide to operatic arias: A handbook for singers, coaches, teachers, and students. Penn State Press. (sur GoogleBooks)
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From → Opéra

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